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Dynamique du châssis — article 15

Le rapport poids/puissance : pourquoi il renseigne si mal sur la terre

C'est le premier chiffre d'une annonce, souvent le seul qu'on retienne. Et sur un tracé de terre, deux machines dont les puissances vont du simple au double accélèrent à l'identique pendant l'essentiel du tour.

C'est le premier chiffre d'une annonce, souvent le seul qu'on retienne. Il a l'avantage de tenir en un nombre et le défaut de prétendre résumer ce qu'une machine vaut.

Sur une ligne droite assez longue, il tient sa promesse. Sur un tracé de terre, beaucoup moins — et pour une raison qui se calcule : l'accélération y est bornée par l'adhérence, pas par la puissance, pendant la quasi-totalité du tour. Deux machines dont les puissances vont du simple au double y accélèrent à l'identique.

01Deux plafonds, et c'est le plus bas qui commande

L'accélération d'une machine est bornée par deux choses à la fois, et à chaque instant c'est la plus basse qui s'applique.

À basse vitesse, le plafond de puissance est très haut : il n'est pas limitant. C'est l'adhérence qui commande. À haute vitesse, l'hyperbole descend sous le plafond d'adhérence, et c'est la puissance qui commande. Entre les deux, il y a une vitesse de bascule.

Accélération disponible en fonction de la vitesse. Le plafond d'adhérence est une horizontale. Le plafond de puissance est une hyperbole décroissante, tracée pour deux puissances. L'accélération réelle est le minimum des deux : les deux machines sont confondues tant que l'hyperbole reste au-dessus de l'horizontale. 0306090120150180vitesse (km/h) →accélération disponible →plafond d'adhérence95 km/h82 ch174 km/h150 chici, les deux machines sont identiques
Tant que l'hyperbole de puissance reste au-dessus de l'horizontale d'adhérence, la puissance disponible ne change rien : c'est le pneu qui décide. Les deux courbes ne se séparent qu'au-delà de la vitesse de bascule — 95 km/h pour la machine la moins puissante du tracé.

02Le plafond d'adhérence se calcule

Il ne dépend ni de la puissance ni, directement, de la masse. Il dépend de l'adhérence disponible et de la part de masse que porte l'essieu moteur — y compris ce que le transfert de masse y ajoute à l'accélération.

aadhérence = µ · g · r / (1 − µ · h / L) µ : adhérence disponible. g : 9,81 m/s². r : part de la masse totale portée par l'essieu moteur, machine à l'arrêt. h : hauteur du centre de gravité. L : empattement. Le dénominateur traduit le transfert vers l'arrière à l'accélération, qui charge l'essieu moteur et aide donc.

Deux remarques sur cette expression, et toutes deux surprennent.

La masse n'y figure pas. Elle apparaît au numérateur dans l'effort disponible et au dénominateur dans l'inertie à vaincre : elle se simplifie. Alléger une machine ne change pas son accélération tant qu'elle est limitée par l'adhérence — ça change tout le reste, mais pas ça.

Un centre de gravité haut aide. Le terme µ·h/L au dénominateur est d'autant plus grand que le centre de gravité est haut : plus de transfert vers l'essieu moteur, donc plus de motricité. C'est exactement l'inverse de ce que réclament le roulis et le freinage. Un vrai compromis, à trancher selon le tracé.

03La vitesse de bascule

Le plafond de puissance vaut P / (m·v). Il croise le plafond d'adhérence à une vitesse qui se déduit directement :

v* = P / (m · aadhérence) Au-dessous de v*, la machine est bornée par le pneu et la puissance ne sert à rien. Au-dessus, elle est bornée par le moteur et c'est là, et seulement là, que le rapport poids/puissance se met à prédire quelque chose.

Jusqu'à quelle vitesse la puissance est-elle inutile ?

La part sur l'essieu moteur se relève à la pesée. La hauteur du centre de gravité se détermine selon la méthode de son article. L'adhérence est la valeur constatée sur le sol du jour, exprimée en g : c'est elle qui varie le plus, et le plus vite.

Plafond d'adhérence —

Vitesse de bascule —

Rapport poids/puissance —

Fais varier la puissance seule, et regarde le plafond d'adhérence : il ne bouge pas d'un centième. Seule la vitesse de bascule se déplace. C'est toute la démonstration.

Pour une machine de 400 kg portant 55 % sur l'essieu moteur, sur un sol donnant 0,9 g, le plafond d'adhérence vaut 5,72 m/s². La bascule tombe à 95 km/h pour 82 chevaux et à 173 km/h pour 150. Sur un tracé de terre dont la vitesse moyenne tourne autour de 60 km/h, ces deux machines accélèrent identiquement pendant l'essentiel du tour — et le rapport poids/puissance, qui va du simple au double, n'en dit rien.

04Ce que le rapport escamote

Le défaut n'est pas que le chiffre soit faux. C'est qu'il réduit la masse à un scalaire, alors que l'endroit où elle se trouve compte davantage que sa valeur.

Trois machines de masse identique. Dans la première, la masse est groupée au centre et bas. Dans la deuxième, elle est répartie aux extrémités. Dans la troisième, elle est placée haut. Le rapport poids/puissance est le même dans les trois cas, le comportement ne l'est pas. Masse groupée et bassechange de direction facilementMasse aux extrémitésrésiste au changement de directionMasse hautehautplus de motricité, plus de roulismême masse, même puissance, même rapport — trois machines différentes
Un kilo au centre et un kilo à l'extrémité pèsent pareil sur la balance et pas du tout pareil sur un tracé sinueux : le second résiste au changement de direction. Un kilo haut et un kilo bas donnent la même ligne d'annonce et deux comportements opposés en virage.

Trois grandeurs disparaissent dans le rapport, et chacune a son article dans cette série :

Ce que le rapport ignoreCe que ça décideOù c'est traité
Hauteur du centre de gravité Transfert de masse, donc motricité et roulis et freinage Le centre de gravité
Répartition avant / arrière Part de masse sur l'essieu moteur, donc le plafond d'adhérence lui-même Peser aux quatre roues
Masse aux extrémités Résistance au changement de direction, donc la vivacité sur un tracé serré —

05Le lest n'est pas une punition

Les catégories imposent un poids minimum. Une machine construite légère se retrouve donc à embarquer du lest pour l'atteindre — et beaucoup le vivent comme une pénalité.

C'est l'inverse. Ce lest est le seul kilo dont vous choisissez librement la position. Le moteur est où il est, le pilote aussi, le réservoir presque. Le lest, non : il va là où vous le boulonnez.

Et puisque le plafond d'adhérence s'écrit en fonction de r et de h, placer ce lest n'est pas un détail d'équilibrage mais un réglage de motricité. Bas et près de l'essieu moteur, il augmente r sans trop monter h. Haut, il augmente le transfert mais paye partout ailleurs. Une machine qui porte déjà son lest au bon endroit a un avantage qu'aucune ligne d'annonce ne mentionne.

06Ce que la terre ajoute, une fois de plus

Tout ce qui précède vaut pour n'importe quel sol. La terre déplace le curseur dans un sens, et d'autant plus fort.

D'où une conséquence pratique à l'achat : sur deux machines comparables, celle qui met sa puissance au sol vaut mieux que celle qui en a davantage. Et ce qui met la puissance au sol, c'est la répartition des masses, la liaison au sol et les pneumatiques — c'est-à-dire tout ce que les quatorze articles précédents décrivent, et rien de ce que le rapport poids/puissance résume.

07Ce qu'il faut retenir

La série « Dynamique du châssis »

  1. Le transfert de masse : ce que les ressorts ne changent pas
  2. Le centre de gravité : le trouver sur sa propre machine
  3. Peser aux quatre roues : lire et corriger la répartition
  4. Raideur de roulis : d'où viennent le sous-virage et le survirage
  5. Centre de roulis et axe de roulis
  6. Épure de Jeantaud : la géométrie de direction
  7. Amortisseurs : vitesse lente et vitesse rapide
  8. Barre antiroulis réglable : raideur, réglage et précontrainte
  9. Les pneumatiques : adhérence sur dur, cisaillement sur terre
  10. Carrossage, chasse et pincement : trois angles qui n'agissent pas au même moment
  11. Anti-plongée et anti-cabrage : par où passe le transfert
  12. Le freinage : répartition, balancier et dimensionnement
  13. Choisir ses ressorts : raideur, course utile et talonnage
  14. Silentblocs et rotules : le jeu qui fausse tous les réglages
  15. Le rapport poids/puissance : pourquoi il renseigne si mal sur la terre — cet article

Note sur les valeurs

Aucune puissance, aucune masse et aucune répartition ne sont recommandées ici : elles dépendent de la catégorie et de son règlement. Les valeurs pré-remplies dans le calcul sont arbitraires et servent à montrer les ordres de grandeur et le poids relatif de chaque paramètre.

Le modèle est volontairement simple : adhérence supposée constante sur l'essieu moteur, transfert de masse pris en régime établi, résistances aérodynamique et au roulement négligées, et rendement de transmission ignoré. Il décrit correctement quel plafond s'applique à quelle vitesse — ce qui est l'objet de l'article — mais ne prétend pas prédire une performance absolue. La puissance saisie est celle réellement disponible à la roue, qui est inférieure à celle annoncée au vilebrequin.