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Dynamique du châssis — article 12

Le freinage : répartition, balancier et dimensionnement

La répartition idéale n'est pas un nombre, c'est une droite qui monte avec la décélération. Le balancier, lui, est fixe : régler le freinage, c'est choisir à quel moment du freinage on veut avoir raison.

La répartition de freinage n'est pas une préférence de pilotage. C'est une grandeur qui se calcule, et dont la valeur idéale change à chaque instant du freinage.

C'est tout le problème : le balancier, lui, est fixe. Il impose un rapport constant à une machine qui en demande un différent à chaque décélération. Régler le freinage, c'est choisir à quel moment du freinage on veut avoir raison — et accepter d'avoir tort partout ailleurs.

01Ce que chaque essieu peut encaisser

Un essieu ne peut freiner qu'à hauteur de ce que son adhérence permet, et son adhérence dépend de sa charge. Or, au freinage la charge se déplace vers l'avant : l'essieu avant s'alourdit, l'arrière s'allège, et cela d'autant plus qu'on freine fort.

La répartition idéale est celle qui demande à chaque essieu exactement la part qu'il porte. Elle s'écrit simplement :

part idéale sur l'avant = mav + a × (h / L) mav : fraction de la masse portée par l'essieu avant machine à l'arrêt. a : décélération, exprimée en g. h : hauteur du centre de gravité. L : empattement. Le résultat est une fraction entre 0 et 1.

Deux lectures de cette relation suffisent à comprendre tout le sujet.

À l'arrêt, la part idéale vaut la répartition statique des masses. Et elle augmente linéairement avec la décélération, d'autant plus vite que le centre de gravité est haut et l'empattement court — c'est-à-dire exactement le gabarit d'une machine de kartcross.

La part idéale de freinage sur l'essieu avant croît linéairement avec la décélération, en partant de la répartition statique des masses. Un balancier fixe impose au contraire une part constante, représentée par une horizontale. Les deux ne se croisent qu'en un point : avant ce point l'avant bloque en premier, après ce point c'est l'arrière. décélération (g) →part du freinage sur l'avant →0,20,40,60,81,01,21,4répartition idéalemasse statique sur l'avantréglage de balancier, fixel'avant bloque en premierau-delà : l'arrière bloque en premierla machine part en tête-à-queue
Une droite et une horizontale ne se croisent qu'une fois. Tant qu'on freine moins fort que le point de croisement, le train avant est servi plus que nécessaire et bloque le premier — c'est le cas sûr. Au-delà, c'est l'arrière qui reçoit plus que sa part, et il part.

02Pourquoi on règle toujours du côté sûr

Les deux blocages n'ont rien de comparable. Un train avant bloqué cesse de diriger : la machine continue tout droit, le pilote lève le pied, tout rentre dans l'ordre. Un train arrière bloqué fait perdre à la machine sa stabilité de lacet — elle pivote, et la correction demande un réflexe immédiat.

D'où la règle de dimensionnement, qui découle directement du graphique : le point de croisement doit se situer au-delà de la décélération maximale que la machine peut atteindre. Comme cette décélération maximale est bornée par l'adhérence disponible, la condition s'écrit :

part fixée sur l'avant ≥ mav + µ × (h / L) µ : adhérence maximale disponible, qui borne la décélération atteignable. Au-delà de cette valeur de réglage, le train avant est toujours servi en premier, quelle que soit la force du freinage.

Cette relation contient une conclusion que beaucoup transposent à l'envers. Sur terre, l'adhérence disponible est plus faible que sur asphalte : µ est plus petit, donc le transfert de charge au freinage est plus petit, donc la part idéale sur l'avant monte moins haut. Une machine de terre a besoin de moins d'avance sur l'avant qu'une machine de circuit — et un réglage de circuit transposé tel quel sur la terre sous-emploie l'essieu arrière pendant tout le freinage.

03Du pied au sol : la chaîne complète

Entre l'effort du pilote et l'effort au contact du pneu, il y a six transformations successives. Chacune multiplie ou divise, et une seule mal évaluée fausse tout le résultat.

La chaîne de transformation entre le pied du pilote et le point de contact du pneu : rapport de pédale, répartition par le balancier, section du maître-cylindre qui donne la pression, surface des pistons d'étrier qui donne l'effort de serrage, coefficient de plaquette et rayon efficace du disque qui donnent le couple, puis rayon de roue qui donne l'effort au sol. Piedeffort dupilotePédalerapport delevierBalancierpartage avant/ arrièreMaître-cylindresection →pressionÉtriersurface pistons→ serragePlaquetteet disqueµ et rayon→ coupleRouerayon → effortau solsix transformations successives : une seule mal estimée fausse tout le reste
Chaque maillon est un rapport. Il n'y a rien à deviner dans cette chaîne : tout s'y mesure au pied à coulisse, sauf le coefficient de plaquette, qui se lit sur la documentation du fabricant.

04Le balancier ne fait pas ce qu'on croit

Un balancier est une barre qui reçoit l'effort de la pédale en un point et le redistribue à deux maîtres-cylindres placés à ses extrémités. Déplacer le point d'appui change les bras de levier, donc le partage.

Mais ce que le balancier partage, c'est l'effort, pas la pression. La pression dans chaque circuit en découle seulement après division par la section du maître-cylindre correspondant.

La conséquence qu'on oublie

Avec deux maîtres-cylindres de diamètres différents, un balancier centré ne donne pas deux pressions égales — il donne deux pressions dans le rapport inverse des sections. Un balancier « au milieu » n'est donc pas un réglage neutre, et deux machines réglées au même cran de balancier n'ont pas la même répartition si leurs maîtres-cylindres diffèrent. Le seul réglage qui veuille dire quelque chose est celui qu'on exprime en part d'effort au sol, pas en position de molette.

Deuxième effet, moins connu : le diamètre des maîtres-cylindres décide aussi de la course de pédale. Un petit diamètre monte vite en pression pour un effort donné, mais il déplace peu de liquide, donc la pédale descend davantage. Choisir ses maîtres-cylindres, c'est arbitrer entre la dureté de la pédale et sa course — avant même de parler de répartition.

05Ce que la machine demande

Premier calcul : ce dont la machine a besoin. Il ne dépend que des masses et de la géométrie, pas de la timonerie.

Répartition idéale et valeur de sécurité

La répartition statique se relève à la pesée. La hauteur du centre de gravité se détermine selon la méthode décrite dans son propre article. L'adhérence maximale est la décélération la plus forte que la machine atteint sur le sol considéré, exprimée en g.

Idéale à l'adhérence maximale —

Réglage fixe minimal —

06Ce que la timonerie donne

Deuxième calcul, indépendant du premier : ce que produit réellement l'installation. C'est leur écart qui constitue le réglage.

Chaîne hydraulique complète

La surface de piston demandée est celle des pistons d'un seul côté de l'étrier : sur un étrier opposé à quatre pistons, compte les deux pistons d'un côté. Le rayon efficace du disque est la distance du centre de roue au milieu de la piste de frottement. Le coefficient de plaquette se lit sur la documentation du fabricant.

Répartition obtenue —

Pressions des deux circuits —

Effort total au sol —

07Ce que la terre change au blocage lui-même

Sur asphalte, une roue bloquée est une perte sèche : le coefficient de glissement est inférieur au coefficient de roulement avec dérive, on freine moins bien et on ne dirige plus.

Sur terre, c'est plus ambigu, et cela découle du mécanisme décrit dans l'article sur les pneumatiques. Une roue bloquée sur un sol meuble pousse devant elle un bourrelet de matière qui s'accumule et oppose une résistance propre. La décélération obtenue n'est pas ridicule — elle est parfois meilleure qu'une roue qui tourne encore.

Une roue bloquée sur surface dure glisse simplement et perd de l'adhérence. Sur un sol meuble, elle accumule devant elle un bourrelet de matière qui oppose une résistance supplémentaire, mais elle ne dirige plus pour autant. Surface dureroue bloquéesens de marcheglissement pur : on freine moins bienTerrebourreletroue bloquéesens de marchela matière accumulée freine, mais la roue ne dirige plus
Le blocage sur terre n'est pas la faute qu'il est sur asphalte : le bourrelet poussé devant la roue travaille. Ce qui est perdu dans les deux cas, en revanche, c'est la direction — une roue avant bloquée ne fait plus tourner la machine, quelle que soit la nature du sol.

La conséquence pratique est double. D'abord, la pénalité d'un blocage avant est moins lourde sur terre, ce qui autorise un réglage plus franc. Ensuite — et c'est l'essentiel — le pilotage ne disparaît pas de l'équation : un essieu avant bloqué reste un essieu avant qui ne dirige plus, et toute la conduite sur terre consiste précisément à doser ce compromis au pied.

08Ce qu'il faut retenir

La série « Dynamique du châssis »

  1. Le transfert de masse : ce que les ressorts ne changent pas
  2. Le centre de gravité : le trouver sur sa propre machine
  3. Peser aux quatre roues : lire et corriger la répartition
  4. Raideur de roulis : d'où viennent le sous-virage et le survirage
  5. Centre de roulis et axe de roulis
  6. Épure de Jeantaud : la géométrie de direction
  7. Amortisseurs : vitesse lente et vitesse rapide
  8. Barre antiroulis réglable : raideur, réglage et précontrainte
  9. Les pneumatiques : adhérence sur dur, cisaillement sur terre
  10. Carrossage, chasse et pincement : trois angles qui n'agissent pas au même moment
  11. Anti-plongée et anti-cabrage : par où passe le transfert
  12. Le freinage : répartition, balancier et dimensionnement — cet article
  13. Choisir ses ressorts : raideur, course utile et talonnage

Note sur les valeurs

Aucune répartition, aucun diamètre et aucun coefficient ne sont recommandés ici : ils dépendent de la catégorie, des masses, du sol et du règlement applicable. Les valeurs pré-remplies dans les calculs sont arbitraires et ne servent qu'à montrer les ordres de grandeur et le fonctionnement des outils.

Le modèle de répartition idéale suppose les deux essieux au même coefficient d'adhérence et ignore la résistance aérodynamique, la résistance au roulement et le frein moteur. Il décrit la tendance et la règle de dimensionnement, pas la performance absolue d'une installation.

Le freinage est un organe de sécurité. Un calcul ne remplace ni la vérification de l'état des composants, ni le respect du règlement technique de la catégorie engagée.