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Dynamique du châssis — article 13

Choisir ses ressorts : raideur, course utile et talonnage

Un ressort n'est pas qu'une raideur : c'est aussi une longueur et une course. Juste en raideur mais faux en cotes, il ruine la suspension aux deux bouts du débattement — et aucun réglage d'amortisseur n'y pourra rien.

La série a beaucoup parlé de raideur. Sa répartition entre les deux trains décide de l'équilibre ; la barre antiroulis permet de la déplacer sans toucher au pompage ; l'amortisseur contrôle la vitesse à laquelle tout cela se produit.

Ce qui n'a jamais été dit, c'est qu'un ressort n'est pas qu'une raideur. C'est aussi une longueur et une course, et un ressort juste en raideur mais faux en cotes ruine la suspension aux deux extrémités du débattement — sans qu'aucun réglage d'amortisseur ne puisse y faire quoi que ce soit.

01Les trois cotes qui définissent un ressort

Un ressort hélicoïdal se résume à trois nombres, et le catalogue n'en met en avant qu'un seul.

Un ressort dans trois états : libre, sous la charge statique de la machine, et à spires jointives. La distance entre la longueur libre et la longueur à spires jointives est la course totale du ressort ; la charge statique en consomme déjà une partie. Librelongueur libreSous la machineflèche statique consomméeSpires jointivesplus aucune coursecourse totale du ressort : de la longueur libre aux spires jointives
Le catalogue annonce la raideur, parfois la longueur libre. La cote qui manque presque toujours est la longueur à spires jointives — c'est pourtant elle qui fixe la course réellement disponible, et donc le moment où la suspension cesse brutalement d'en être une.

02Le rapport de levier change tout, et pas de la même façon

Le ressort ne travaille presque jamais à la roue. Il est déporté vers l'intérieur, incliné, parfois commandé par un basculeur — et il voit donc moins de course que la roue.

Ce rapport de levier agit sur deux grandeurs, mais pas avec le même exposant, et c'est l'erreur la plus répandue du sujet.

kroue = kressort × R²     et     courseressort = courseroue × R R : rapport de levier, égal au déplacement du ressort divisé par le déplacement de la roue correspondant. La raideur passe au carré, la course au premier degré. Un rapport de 0,7 divise la raideur vue à la roue par deux, mais ne réduit la course du ressort que de trente pour cent.
Effet du rapport de levier sur la raideur et sur la course. La raideur vue à la roue varie comme le carré du rapport, la course du ressort varie proportionnellement au rapport. Les deux courbes divergent nettement dès que le rapport s'éloigne de un. 0,40,50,60,70,80,91,0rapport de levier R →fraction conservée →course du ressortraideur vue à la roue70 %49 %
À rapport de levier 0,7, le ressort ne voit que 70 % de la course de roue mais la raideur vue à la roue tombe à 49 % de celle du ressort. Dimensionner la raideur avec le rapport simple au lieu de son carré conduit à monter un ressort deux fois trop souple.

03La précharge ne change pas la raideur

Il faut le dire une fois clairement, parce que la confusion est tenace : visser les coupelles ne raidit pas le ressort. La raideur est une propriété du fil, de son diamètre, du diamètre d'enroulement et du nombre de spires actives. Aucune molette ne la modifie.

Ce que la précharge modifie, c'est la force déjà présente dans le ressort au repos — donc la hauteur à laquelle la machine se pose, et l'effort qu'il faut atteindre avant que la suspension ne commence à bouger en détente.

Ce que la précharge coûte vraiment

Elle consomme de la course. Chaque millimètre de précharge est un millimètre de course du ressort qui n'est plus disponible avant les spires jointives. Utiliser la précharge pour remonter une machine qui talonne, c'est donc aggraver précisément le problème qu'on essaie de corriger : la caisse remonte, et la marge avant blocage diminue d'autant. Quand il faut de la hauteur, c'est un ressort plus long ou plus raide qu'il faut, pas des tours de molette.

04Le talonnage : la fin brutale

Quand les spires se touchent, la raideur ne monte pas : elle devient infinie. La courbe effort-course part à la verticale, et toute l'énergie qui arrivait dans la suspension passe d'un coup dans le châssis et dans le pneu.

Courbe de l'effort en fonction de la course. Le ressort monte linéairement jusqu'aux spires jointives, puis la courbe devient verticale : la raideur devient infinie et plus aucun mouvement n'est possible. course →effort →spires jointivesla raideur devient infiniecourse réellement utilecourse de roue qui n'existe pas
Un talonnage ne se règle pas, il se constate. Le choc est sec, il remonte dans le châssis et il se confond facilement avec un amortisseur trop dur en haute vitesse — avec lequel il n'a rigoureusement rien à voir.

Le symptôme mérite d'être connu parce qu'il est systématiquement attribué au mauvais organe. Un talonnage donne un coup sec, toujours au même endroit du circuit, sur les mêmes compressions. Il ne change pas quand on tourne les molettes d'amortisseur — et c'est exactement ce qui permet de l'identifier.

05La détente, celle qu'on n'examine jamais

On dimensionne presque toujours en pensant à la compression. Pourtant, la course en détente décide d'un comportement bien visible : le moment où la roue intérieure quitte le sol.

Une roue qui ne peut plus descendre se décolle. Dès cet instant, l'essieu concerné cesse de transférer de la charge par la roue intérieure, et la machine se comporte comme si on avait brutalement raidi ce train en roulis — avec l'effet d'équilibre décrit dans l'article sur la raideur de roulis.

Sur un sol défoncé, la conséquence est plus large encore : une roue qui ne peut pas descendre dans un trou ne touche plus le fond du trou. Elle ne porte plus, elle ne guide plus, et l'aire de contact qui paie tant sur terre disparaît le temps du passage.

06Vérifier avant de commander

Le calcul ci-dessous enchaîne les cinq vérifications dans l'ordre : raideur de ressort nécessaire, course demandée, part consommée au repos, marge restante, et verdict.

Dimensionner un ressort

Le rapport de levier se mesure : on fait débattre la roue d'une valeur connue et on relève le déplacement du ressort. La masse est celle portée par cette roue seule, relevée à la pesée. La longueur à spires jointives se mesure au pied à coulisse, ressort comprimé à la main ou d'après la fiche du fabricant.

Raideur de ressort à commander —

Course de roue réellement disponible —

Verdict —

07Ce qu'il faut retenir

La série « Dynamique du châssis »

  1. Le transfert de masse : ce que les ressorts ne changent pas
  2. Le centre de gravité : le trouver sur sa propre machine
  3. Peser aux quatre roues : lire et corriger la répartition
  4. Raideur de roulis : d'où viennent le sous-virage et le survirage
  5. Centre de roulis et axe de roulis
  6. Épure de Jeantaud : la géométrie de direction
  7. Amortisseurs : vitesse lente et vitesse rapide
  8. Barre antiroulis réglable : raideur, réglage et précontrainte
  9. Les pneumatiques : adhérence sur dur, cisaillement sur terre
  10. Carrossage, chasse et pincement : trois angles qui n'agissent pas au même moment
  11. Anti-plongée et anti-cabrage : par où passe le transfert
  12. Le freinage : répartition, balancier et dimensionnement
  13. Choisir ses ressorts : raideur, course utile et talonnage — cet article

Note sur les valeurs

Aucune raideur, aucune course et aucune précharge ne sont recommandées ici. Elles dépendent de la catégorie, de la masse, de la cinématique, du tracé et du sol : une valeur générale serait trompeuse. Les cotes pré-remplies dans le calcul sont arbitraires et ne servent qu'à montrer le fonctionnement de l'outil.

Le calcul suppose un ressort à raideur constante et un rapport de levier constant sur toute la course. Les deux hypothèses sont des approximations : beaucoup de cinématiques font varier le rapport de levier au débattement, ce qui rend la raideur vue à la roue progressive sans qu'aucun ressort progressif ne soit monté. Les résultats sont des ordres de grandeur de dimensionnement, pas une courbe de suspension.