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Dynamique du châssis — article 8

Barre antiroulis réglable : raideur, réglage et précontrainte

Elle ajoute de la raideur en roulis sans toucher à la raideur en pompage. C'est sa seule raison d'être, et c'est ce qui en fait l'outil d'équilibre le plus direct — à condition de la monter sans précontrainte.

L'article sur la raideur de roulis a montré que l'équilibre se joue sur la répartition de raideur entre les deux trains, pas sur son niveau. Reste à savoir comment déplacer cette répartition sans tout casser par ailleurs.

Un ressort ne sait pas faire la différence entre une roue qui monte et deux roues qui montent. Le raidir pour gagner de la raideur en roulis raidit aussi la machine en pompage : hauteur de caisse, réponse aux bosses, encaissement des compressions, tout bouge en même temps. La barre antiroulis est l'organe qui sait faire cette différence.

01Ce qu'elle ajoute, et ce qu'elle n'ajoute pas

Une barre antiroulis relie les deux roues d'un même essieu par une barre de torsion. Ses deux bras sont attachés aux suspensions par des biellettes, et sa partie centrale tourne librement dans des paliers fixés au châssis.

Tout tient dans cette architecture :

Essieu vu de face avec sa barre antiroulis, dans deux situations. En pompage les deux roues montent ensemble, les deux bras tournent dans le même sens et la barre pivote sans se tordre. En roulis une roue monte et l'autre descend, les bras tournent en sens inverse et la barre travaille en torsion. PompageLes deux bras tournent du même côté : la barre pivote en bloc, sans torsion.RoulisLes bras tournent en sens inverse : la barre se tord et résiste.
Figure 1. Même barre, même machine, deux sollicitations. À gauche elle ne sert à rien ; à droite elle fait tout son travail. C'est exactement ce qu'on lui demande.

Conséquence pratique : la barre déplace l'équilibre sans toucher à l'assiette. Tu peux raidir un train en roulis sans relever la caisse, sans durcir la réponse aux bosses en ligne droite, et sans refaire tes hauteurs. Aucun ressort ne permet ça.

02D'où vient sa raideur

La partie centrale travaille en torsion pure. Sa raideur angulaire ne dépend que du matériau, de la section et de la longueur qui se tord :

Raideur de torsion de la barre Kt = G × J / L G — module de cisaillement du matériau (≈ 79 300 N/mm² pour un acier)
J — moment quadratique polaire de la section
L — longueur de la portion qui se tord, entre les deux coudes
Avec G en N/mm², J en mm⁴ et L en mm, Kt sort en N·mm/rad. Pour la lire en N·m/° comme le calcul de la section 06, divise par 1 000 puis multiplie par π/180, soit environ 0,01745.
Moment quadratique polaire J = π × (D⁴ − d⁴) / 32 D — diamètre extérieur
d — diamètre intérieur, nul pour une barre pleine

Cette raideur de torsion n'est pas encore la raideur de roulis. Il faut la ramener à la roue, en passant par la longueur des bras et par le rapport de démultiplication de la biellette :

Apport en raideur de roulis Kroulis = Kt × v² × R² / a² v — voie de l'essieu
a — longueur du bras, de l'axe de torsion à l'attache de biellette
R — rapport de démultiplication de la biellette (déplacement de l'attache pour 1 mm de débattement de roue)

La loi en puissance quatre

C'est le point le plus utile de tout l'article. La raideur suit le diamètre à la puissance quatre. Un millimètre n'est jamais anodin.

Courbe de la raideur relative d'une barre pleine en fonction de son diamètre, de 16 à 30 mm, rapportée à une barre de 20 mm. La croissance est en puissance quatre : à 30 mm la barre est cinq fois plus raide qu'à 20 mm. × 1× 2× 3× 4× 5161820222426283020 mm : × 1,0022 mm : × 1,4625 mm : × 2,44 diamètre de la barre (mm) — raideur rapportée à une barre pleine de 20 mm
Figure 2. Passer de 20 à 22 mm, soit deux millimètres, augmente la raideur de 46 %. C'est pour cela qu'un jeu de barres se décline au millimètre, et qu'une barre « un peu trop raide » l'est généralement beaucoup trop.

Pleine ou tubulaire

Le cœur d'une barre pleine ne travaille presque pas : en torsion, la contrainte croît avec la distance à l'axe. Retirer la matière centrale coûte très peu de raideur et beaucoup de masse.

Une comparaison à masse égale le montre bien. Un tube de 30 mm extérieur et 24 mm intérieur a la même section — donc la même masse au mètre — qu'une barre pleine de 18 mm. Le tube est pourtant 4,6 fois plus raide. À raideur égale, c'est de la masse non suspendue en moins et du bras de levier en plus pour le reste du châssis.

03Les mécanismes de réglage

Rendre une barre réglable, c'est se donner un moyen de changer sa raideur sans la démonter. Deux mécanismes dominent, et ils ne se règlent pas de la même façon.

Deux mécanismes de réglage. À gauche une lame plate orientable : à plat elle fléchit facilement, sur chant elle devient beaucoup plus raide. À droite un bras percé de plusieurs trous : rapprocher la biellette de l'axe de torsion raccourcit le bras et raidit la barre. Lame orientable section vue en bout à plat — souple sur chant — raide Bras percé a bras long — souple la raideur varie comme 1 / a²
Figure 3. La lame joue sur le moment quadratique de sa section, le bras percé sur le bras de levier. Les deux sont en série avec la partie en torsion, qui plafonne ce qu'ils peuvent apporter.

La lame orientable

L'extrémité de la barre se termine par une lame plate que l'on fait pivoter autour de son axe. Sa raideur en flexion suit le moment quadratique d'une section rectangulaire, b × h³ / 12, où h est la dimension dans le plan de l'effort. Basculer la lame de 90° échange les deux dimensions.

Pour une lame de 25 mm sur 6 mm, le rapport entre les deux positions extrêmes vaut (25/6)², soit plus de 17. C'est une plage énorme — sur le papier.

Le bras percé ou le collier coulissant

Le point d'attache de la biellette se déplace le long du bras. La raideur ramenée à la roue varie comme l'inverse du carré de la longueur de bras : rapprocher l'attache de l'axe de torsion raidit la barre.

Passer une attache de 250 à 180 mm de l'axe donne (250/180)², soit presque le double de raideur. Avec quatre trous bien répartis, on couvre une plage utile avec une résolution régulière — et surtout reproductible, ce qu'un réglage continu n'offre pas.

Ce que les deux mécanismes ne disent pas

La lame, le bras et les biellettes sont en série avec la partie en torsion. Les souplesses s'additionnent en inverse : 1/K = 1/Ktorsion + 1/Klame + 1/Kbiellettes. Si la barre centrale est nettement plus souple que la lame, basculer celle-ci de la position souple à la position raide ne change presque rien — la plage annoncée de 17 se réduit à quelques pour cent au niveau de la roue. L'inverse est vrai aussi. Un système réglable n'a de plage utile que si l'élément réglé est celui qui domine.

04Le piège : la précontrainte

C'est l'erreur qui coûte le plus cher, parce qu'elle ne se voit pas et qu'elle fausse une mesure que l'on croit juste.

Au repos, à la hauteur de caisse de référence, les biellettes doivent se monter sans effort. Si l'une d'elles doit être forcée pour aligner son trou, la barre est précontrainte : elle soulève une roue et en appuie une autre en permanence, avant même que la machine bouge.

Ce que cela produit est exactement l'image d'un défaut de croisé — et la pesée aux quatre roues le lira comme tel. Tu corrigeras alors aux assiettes de ressort un défaut qui ne vient pas des ressorts, et tu auras deux erreurs qui se compensent au repos mais plus du tout en charge.

  1. Pèse la machine biellettes débranchées. C'est le seul état où le croisé lu est celui du châssis et des ressorts.
  2. Règle le croisé dans cet état, aux assiettes, jusqu'à la valeur visée.
  3. Rebranche les biellettes sans forcer. Si un trou ne tombe pas en face, c'est la longueur de biellette qu'il faut ajuster, pas la vis qu'il faut forcer.
  4. Il faut au moins une biellette réglable en longueur. Sans elle, l'étape précédente est un vœu pieux : on n'a aucun moyen d'aligner le trou autrement qu'en forçant. Une biellette à pas inversé — un filetage à droite d'un côté, à gauche de l'autre — s'allonge ou se raccourcit en tournant son corps, sans démonter les deux rotules. Pilote à bord, on tourne jusqu'à ce que l'axe entre seul, sans effort vertical. C'est ce détail qui fait la différence entre un protocole applicable et un protocole théorique.
  5. Repèse. Les quatre valeurs ne doivent pas avoir bougé. Si elles ont bougé, il reste de la précontrainte.

Un point contre-intuitif mérite d'être retenu : une barre précontrainte fausse les masses au repos, mais pas sa propre raideur en roulis. La machine pèse faux et roule juste. C'est précisément pour cela que le défaut survit si longtemps sans être identifié.

05Ce que ça change sur la piste

Le sens des corrections découle directement de la répartition de raideur de roulis : le train qui encaisse la plus grande part du transfert est celui qui décroche en premier.

ActionEffet sur la répartitionTendance
Raidir la barre avantL'avant prend une part plus grandeVers le sous-virage
Assouplir la barre avantL'avant prend une part plus faibleVers le survirage
Raidir la barre arrièreL'arrière prend une part plus grandeVers le survirage
Assouplir la barre arrièreL'arrière prend une part plus faibleVers le sous-virage

Deux réglages symétriques ne sont pas équivalents pour autant. Raidir l'avant et assouplir l'arrière déplacent l'équilibre dans le même sens, mais le premier augmente la raideur totale en roulis et le second la diminue. Sur un sol lisse, la différence se voit peu ; sur un sol qui travaille, elle décide de tout.

La contrepartie, et elle est lourde

La barre couple les deux roues d'un essieu. C'est utile en virage, où elles font des choses opposées. C'est un défaut partout ailleurs :

C'est pourquoi une machine qui tourne sur terre irrégulière est souvent mieux servie par une barre assouplie, voire débranchée sur un essieu, que par le réglage qui donnerait le meilleur équilibre sur asphalte. Le compromis n'est pas théorique : il se tranche au chrono, piste par piste.

06Sur ta machine

Entre les cotes de ta barre. Le calcul donne sa raideur de torsion, son apport en raideur de roulis, et ce que coûterait ou rapporterait un millimètre de diamètre.

Raideur d'une barre antiroulis

Pour une barre pleine, laisse le diamètre intérieur à 0. La longueur de torsion est la partie droite comprise entre les deux coudes, pas la longueur totale de la barre.

Raideur de torsion —

Apport en raideur de roulis —

Effet d'un millimètre —

Change le diamètre d'un demi-millimètre et regarde le résultat bouger. Puis change la longueur de bras de dix millimètres : c'est le même ordre de grandeur, pour un réglage qui ne demande ni barre neuve ni démontage. C'est toute la raison d'être d'un bras percé.

07Les limites de ce modèle

Le calcul ci-dessus décrit une barre idéale, en torsion pure. Une barre réelle est plus souple, et l'écart n'est pas anecdotique :

  1. Les bras fléchissent. Ils sont traités ici comme rigides. En réalité leur flexion s'ajoute en série à la torsion, et elle compte d'autant plus que les bras sont longs et fins.
  2. Les paliers souples créent un temps mort. Un palier caoutchouc se comprime avant que la barre ne commence à se tordre : elle n'entre en action qu'après quelques dixièmes de degré de roulis. En tout début de braquage elle paraît absente, puis arrive d'un coup — ce qui se ressent comme un manque de précision à l'inscription, et non comme un manque de raideur. Le polyuréthane réduit ce retard, les rotules unibal le suppriment.
  3. Les paliers et les silentblocs se déforment. Un palier caoutchouc peut retirer une part importante de la raideur annoncée. Des paliers rigides la restituent — et transmettent en contrepartie plus de bruit et de choc au châssis.
  4. Le frottement dans les paliers crée de l'hystérésis. La barre résiste au début du mouvement puis lâche, et ne rend pas symétriquement. Une barre qui colle se règle mal, et fait douter de réglages qui étaient bons.
  5. Le rapport de biellette varie avec le débattement. Il n'est constant que si la biellette reste perpendiculaire au bras. Loin de cette position, la raideur devient progressive ou dégressive selon le sens.
  6. Une barre en U n'est pas une barre droite. Les coudes travaillent en flexion autant qu'en torsion, et la longueur efficace n'est pas exactement la cote entre coudes.

Le calcul reste bon pour ce qui compte le plus : comparer deux barres entre elles, et prévoir le sens et l'ordre de grandeur d'un changement. Pour une valeur absolue, seule une mesure au banc — couple appliqué, angle mesuré — donne la vraie raideur.

La série « Dynamique du châssis »

  1. Le transfert de masse : ce que les ressorts ne changent pas
  2. Le centre de gravité : le trouver sur sa propre machine
  3. Peser aux quatre roues : lire et corriger la répartition
  4. Raideur de roulis : d'où viennent le sous-virage et le survirage
  5. Centre de roulis et axe de roulis
  6. Épure de Jeantaud : la géométrie de direction
  7. Amortisseurs : vitesse lente et vitesse rapide
  8. Barre antiroulis réglable : raideur, réglage et précontrainte — cet article

Note sur les valeurs

Aucun diamètre type, aucune plage de réglage et aucune raideur cible ne sont proposés ici. Les cotes pré-remplies dans le calcul servent uniquement à montrer l'ordre de grandeur des résultats ; elles ne décrivent aucune machine en particulier. Les catégories, les masses et les voies varient trop pour qu'une valeur générale ait un sens — le mécanisme et les rapports, eux, sont universels.